1840 — 1880 · Mouvement

Réalisme

Réalisme

Au milieu du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle et dans le sillage des convulsions politiques de 1848, un groupe de peintres français décide de représenter le monde tel qu'il est — sans idéalisation romantique, sans sujets nobles tirés de l'histoire antique ou de la Bible, sans mise en scène académique. Gustave Courbet est la figure centrale et provocatrice de cette rupture. Ses Casseurs de pierres (1849) et son Enterrement à Ornans (1850) choquent le public du Salon en présentant des ouvriers et des paysans bourguignons, grandeur nature, avec la même dignité picturale que réservaient les peintres aux héros grecs et aux martyrs chrétiens.

Sa phrase programme est lapidaire : « Je ne suis pas un peintre d'anges, montrez-m'en. » En 1855, il organise son propre Pavillon du Réalisme en marge de l'Exposition universelle, geste de rupture institutionnelle qui préfigure ceux des impressionnistes. Jean-François Millet peint les paysans de la Beauce et de la Normandie avec une monumentalité grave — L'Angélus, Les Glaneuses — qui fait de la condition rurale un sujet digne d'épopée. Honoré Daumier transpose le Réalisme dans la lithographie satirique, portraiturant les politiciens et les bourgeois avec une caricature féroce, et dans la peinture de la misère urbaine parisienne.

En dehors de France, le Réalisme trouve des déclinaisons puissantes : les préraphaélites anglais en offrent une version méticuleuse et littéraire, les Ambulants russes — Répine, Surikov — documentent la vie des paysans et les traumatismes de l'histoire nationale. Aux États-Unis, Winslow Homer et Thomas Eakins imposent une vision directe et sans complaisance de la société américaine d'après-guerre civile. Le Réalisme influence directement le naturalisme littéraire de Zola et prépare la voie à l'Impressionnisme, qui en prolonge le goût du quotidien tout en transformant radicalement la technique picturale et la conception même du sujet digne d'être peint.

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