Iphigénie
Iphigénie d'Anselm Feuerbach, peinte à Rome en 1862 dans une première version (Hessisches Landesmuseum Darmstadt) puis reprise en 1871 dans la version monumentale conservée à Stuttgart et exposée régulièrement à l'Alte Nationalgalerie de Berlin, est l'incarnation visuelle du Sehnsucht — cette nostalgie inguérissable des Allemands cultivés du XIXᵉ siècle pour la Grèce antique perdue. Inspirée du drame de Goethe Iphigénie en Tauride (1779), où la prêtresse exilée loin de sa patrie attend désespérément la délivrance, l'œuvre représente Iphigénie assise sur un rocher de la côte taurique, vêtue d'un péplum blanc immaculé, le menton appuyé sur la main, le regard mélancolique fixé sur la mer Égée à l'horizon — cette même mer qui la sépare de la Grèce maternelle.
Le modèle est Anna Risi (« Nanna »), la jeune Romaine que Feuerbach rencontre en 1860 et qui devient pour dix ans sa compagne et sa muse exclusive. La composition d'une simplicité hiératique — une seule figure, un horizon de mer, un ciel de plomb —, la palette austère de blancs cassés et de gris bleutés, et la pose immémoriale de la mélancolie classique font de cette toile la quintessence du grand style germanique néo-classique de la seconde moitié du XIXᵉ siècle.