Anselm Feuerbach naît en 1829 à Spire en Bavière, fils du philologue classique Joseph Anselm Feuerbach et neveu du philosophe matérialiste Ludwig Feuerbach (dont Marx fit l'éloge funèbre). Cette ascendance intellectuelle classique et critique le destine très tôt à une peinture savante imprégnée de culture antique. Formé aux académies de Düsseldorf, Munich et Anvers (sous Gustave Wappers en 1850-51), il étudie à Paris en 1851-53 dans l'atelier de Thomas Couture où il assimile la grande tradition française du nu et du tableau d'histoire.
Son installation définitive à Rome en 1855 lui révèle l'antiquité dans toute sa plénitude méditerranéenne et lui inspire la quasi-totalité de son œuvre. Sa rencontre à Rome en 1860 avec la jeune romaine Anna Risi (« Nanna »), serveuse devenue sa muse, lui sert de modèle pour ses Iphigénie, Médée, Sappho et autres figures héroïques féminines de la mythologie classique. Iphigénie (1862, Hessisches Landesmuseum Darmstadt ; version 1871 à Stuttgart) — la prêtresse en exil sur la côte de Tauride contemplant la mer en attendant le retour vers la Grèce —, est devenue l'incarnation visuelle du mal du pays grec et de la nostalgie classique allemande, image emblématique de l'humanisme du XIXᵉ siècle.
Sa carrière professorale à Vienne (1873-77) tourne court ; profondément déçu par l'incompréhension du public, il meurt en 1880 à Venise. Sa peinture, rigoureusement composée, austère et noble, fonde le grand style classicisant allemand de la seconde moitié du siècle.