L'Île des morts (Toteninsel, 3ᵉ version)
L'Île des morts (Die Toteninsel) d'Arnold Böcklin, peinte en 1883 dans sa troisième et plus célèbre version pour le marchand berlinois Fritz Gurlitt, est l'image la plus iconique du symbolisme européen. Sur une mer noire et étrangement immobile, une barque blanche s'approche d'une île rocheuse aux falaises abruptes ; elle transporte un cercueil drapé d'un linceul blanc et une figure debout en grand voile blanc, parfaitement immobile, qui contemple le rivage.
Au cœur de l'île, une crique étroite ouverte entre les rochers révèle un bois sacré de cyprès noirs élancés vers le ciel, encadrés par des chambres funéraires creusées dans la falaise. Aucun récit explicite, aucune référence iconographique précise : Böcklin offre une vision archétypale de la mort comme passage solennel et silencieux vers une terre éternelle, qui hantera tout l'imaginaire occidental.
À partir de cette troisième version, Böcklin grave ses initiales « A.B. » sur une des chambres funéraires. Image obsessionnelle pour Strindberg, Lénine, Hitler (qui possédait personnellement cette version), Freud, Dali et de Chirico, l'œuvre inspirera également le poème symphonique de Rachmaninov (1908).
Acquise en 1933 par les nazis pour la collection personnelle d'Hitler, restituée à l'Alte Nationalgalerie après la guerre.