1916 — 1924 · Mouvement

Dadaïsme

Dadaïsme

Fondé au Cabaret Voltaire de Zurich le 5 février 1916, en plein carnage de la Première Guerre mondiale, le Dadaïsme est bien plus qu'un mouvement artistique : c'est une révolte nihiliste totale contre une civilisation jugée responsable de sa propre destruction. Si la raison, la morale et la logique ont conduit à la boucherie des tranchées, alors il faut détruire la raison, la morale et la logique — et l'art avec elles. Hugo Ball, en récitant ses « poèmes-sons » vêtu d'un costume de carton, ou Emmy Hennings au chant, inaugurent une contestation radicale de toutes les conventions expressives.

Tristan Tzara, Hugo Ball, Emmy Hennings, Hans Arp et Richard Huelsenbeck organisent des soirées chaotiques de lectures simultanées en plusieurs langues, de poèmes-sons, de danses en costumes cubistes, de provocations délibérées. À New York, Marcel Duchamp, Francis Picabia et Man Ray développent une variante plus conceptuelle : Duchamp expose un urinoir retourné signé R. Mutt sous le titre Fontaine (1917) et invente le ready-made — l'objet du quotidien promu œuvre d'art par la seule décision de l'artiste — remettant en cause radicalement la définition même de l'art.

À Berlin, le groupe Dada politise le mouvement avec des collages photomontage satiriques — John Heartfield, George Grosz, Raoul Hausmann — qui fustigent le militarisme et la bourgeoisie allemande. À Cologne, Max Ernst explore le collage-poème. À Paris, Picabia rejoint un groupe qui prépare le terrain du Surréalisme.

Dada se dissout volontairement vers 1922-1924, fidèle à son refus de toute pérennisation institutionnelle. Mais son héritage est immense et paradoxal : le Surréalisme en hérite l'automatisme et le hasard ; l'art conceptuel en hérite le geste de définition ; le happening et la performance en héritent le corps comme medium ; et l'art contemporain tout entier vit encore sous le choc de la question dadaïste fondamentale : qu'est-ce que l'art ?

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Artistes