Voice of Fire
Voice of Fire de Barnett Newman, peinte en 1967, est l'une des plus monumentales toiles colorfield de l'expressionnisme abstrait américain, et probablement la plus célèbre œuvre du Musée des beaux-arts du Canada après Maman. Trois bandes verticales de hauteur égale et de largeur identique — bleu cobalt à gauche, rouge cadmium au centre, bleu cobalt à droite — divisent en trois la toile gigantesque de plus de cinq mètres de haut, créant un mur de couleur qui force le spectateur à se positionner physiquement face à l'œuvre pour en mesurer l'ampleur.
Pas de figure, pas de récit, pas de profondeur : juste la couleur pure dressée en présence quasi-architecturale. Newman commande la toile pour le pavillon des États-Unis à Expo 67 à Montréal, dans un contexte américain marqué par la guerre du Vietnam ; il y voit une affirmation morale et spirituelle.
Acquise en 1989 par le Musée des beaux-arts du Canada pour 1,8 million de dollars canadiens, l'œuvre déclenche en 1990 l'une des plus violentes controverses esthétiques de l'histoire culturelle canadienne — médias, parlementaires, lecteurs s'indignent qu'un musée public ait pu dépenser une telle somme pour « trois bandes de couleur ». Devenue par cette controverse même l'œuvre d'art moderne la plus connue du grand public canadien.