Futurisme
Le 20 février 1909, le poète Filippo Tommaso Marinetti publie en une du Figaro un manifeste qui électrise l'Europe artistique : « Nous déclarons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l'haleine explosive — une automobile rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace. » Le Futurisme est né. Ce mouvement fondamentalement italien embrasse le monde moderne dans tout ce que l'establishment artistique en rejette : les usines, les trains, les foules en mouvement, la boxe, les aéroplanes, la guerre.
En peinture, Umberto Boccioni, Giacomo Balla, Carlo Carrà, Luigi Russolo et Gino Severini développent une esthétique du mouvement décomposé : inspirés à la fois du cubisme et de la chronophotographie d'Étienne-Jules Marey, ils multiplient les positions successives d'un corps en action — le chien en laisse de Balla, le footballeur de Boccioni — pour rendre visible la dynamique temporelle sur la surface statique de la toile. Boccioni étend le programme à la sculpture avec des formes continues dans l'espace qui tentent de capturer l'élan et la force vitale. La musique futuriste de Russolo explore le « bruit » industriel avec ses intonarumori (machines à bruits) construites artisanalement.
L'architecture futuriste d'Antonio Sant'Elia projette des métropoles de verre et de béton, aéroports et gares monumentales qui resteront sur papier mais influenceront l'utopisme architectural du XXe siècle. Le Futurisme essaime hors d'Italie : il inspire le vorticisme anglais de Wyndham Lewis, le constructivisme russe, le rayonnisme de Larionov et Gontcharova. Mais son exaltation de la guerre et son rapprochement avec le fascisme mussolinien — Marinetti rejoint le Parti national fasciste en 1919 — ternissent durablement son image et compliquent son évaluation critique.