Art indien
Avec plus de quatre millénaires d'histoire artistique continue, l'art indien constitue l'une des traditions les plus riches et les plus complexes du monde. Ses premières manifestations remontent à la civilisation de l'Indus (vers 2500-1900 av. J.-C.) : les cités de Mohenjo-daro et Harappa produisent des sceaux gravés d'une finesse remarquable, des statuettes en bronze d'une liberté de pose stupéfiante pour leur époque, et une organisation urbaine planifiée qui témoigne d'une sophistication culturelle avancée.
La sculpture connaît son premier grand épanouissement sous les Maurya (IIIe siècle av. J.-C.) avec les capitales des colonnes d'Ashoka et le lion de Sarnath, symbole de l'État indien contemporain, d'une maîtrise formelle qui suggère une influence helléno-perse. La grande révolution sculpturale intervient sous les Kushan et les Gupta (Ier-VIe siècles apr.
J.-C.) : le Bouddha de Mathura et de Sarnath trouve son canon définitif — ushnisha, lakshanas, sourire intérieur, drapé fluide — qui irradiera vers toute l'Asie. Les fresques des grottes d'Ajanta (Ier siècle av. J.-C. au VIIe siècle), peintes sur plusieurs couches d'enduit préparé, déroulent des scènes de la vie du Bouddha d'une grâce narrative et d'une richesse chromatique qui représentent le sommet de la peinture classique indienne.
L'art temple hindou, avec ses tours shikhara couvertes de sculptures proliférantes — Khajuraho, Konârak, Mahabalipuram —, développe une iconographie complexe des divinités — Shiva Nataraja, Vishnu couché sur l'océan cosmique, la déesse Devi — d'une plénitude plastique qui rivalise avec les grandes traditions sculpturales mondiales. Les miniatures mogholes du XVIe au XVIIIe siècle fusionnent l'héritage persan avec l'observation naturaliste indienne dans des portraits et des scènes de cour d'une précision et d'une richesse chromatique inégalées. L'influence de l'art indien rayonne sur toute l'Asie du Sud-Est : Angkor Vat, Borobudur, les temples de Java et du Cambodge en sont les prolongements sublimes, témoignant de la puissance de rayonnement d'une civilisation qui a su exporter ses formes sacrées sans effacer les singularités des cultures qu'elle a touchées.