Paolo Caliari, dit Véronèse du nom de sa ville natale, naît à Vérone en 1528 dans une famille de tailleurs de pierre. Formé auprès du peintre Antonio Badile, dont il épouse la fille, il acquiert rapidement une réputation qui dépasse les frontières de la Vénétie. Installé définitivement à Venise en 1553, il reçoit les plus grandes commandes décoratives de la République sérénissime, rivalisant avec Titien et le Tintoret dans la décoration du Palais des Doges, de l'église San Sebastiano et des villas palladiennes de la Terre Ferme.
Son art est celui d'un décorateur génial, maître de la grande scène : ses compositions monumentales déploient des banquets bibliques transformés en fastes contemporains, peuplés de seigneurs vénitiens, de pages, de nains, de chiens et de musiciens qui se mêlent aux apôtres du Christ dans des architectures palladiennes baignées d'une lumière argentée et douce. La Cène chez Lévi (1573, Académie de Venise), l'une des plus grandes toiles de toute la peinture occidentale (plus de douze mètres de large), lui vaut d'être convoqué par l'Inquisition pour avoir introduit bouffons, chiens et soldats allemands dans une scène sacrée. Sa défense devant le tribunal — le peintre doit avoir la même liberté que le poète et le fou — est l'un des premiers plaidoyers explicites pour l'autonomie artistique.
Les Noces de Cana (1563, Louvre) et ses cycles pour la Villa Barbaro à Maser, fresques d'une légèreté et d'une illusionnisme remarquables, complètent une œuvre qui incarne l'apogée de la Renaissance vénitienne tardive. Il meurt à Venise en 1588.