John Everett Millais naît à Southampton en 1829 dans une famille d'origine française établie à Jersey. Enfant prodige d'une précocité extraordinaire, il entre à la Royal Academy Schools à l'âge de onze ans, record jamais battu dans l'histoire de l'institution, et y acquiert une maîtrise technique qui éblouit ses professeurs et ses condisciples. En 1848, à dix-neuf ans, il cofonde avec William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti la Pre-Raphaelite Brotherhood, fraternité secrète qui ambitionne de régénérer l'art britannique en revenant à la sincérité et à la précision des peintres italiens antérieurs à Raphaël — avant que la convention académique ne stérilise la peinture.
Ses premiers tableaux préraphaélites sont à la fois scandales et manifestes : Christ dans la maison de ses parents (1850), représentant la Sainte Famille comme de simples artisans dans un atelier encombré, provoque la fureur de Dickens, qui y voit une insulte à la sainteté. Isabelle (1848-1849) et Mariana (1851) illustrent la méthode préraphaélite à son meilleur : peinture en plein air, observation botanique minutieuse des plantes et des fleurs, couleurs d'une intensité presque chimique sur fond de gesso blanc. Ophélie (1851-1852) est son chef-d'œuvre absolu du mouvement : Elisabeth Siddal, modèle et future épouse de Rossetti, pose dans une baignoire chauffée au bord de la rivière Hogsmill pour que Millais puisse peindre in situ chaque plante, chaque reflet.
Le résultat est la composition la plus célèbre de tout l'art victorien, symbole universel de la beauté mélancolique et de la folie innocente. À partir des années 1860, enrichi par ses commandes et sa réputation, son style évolue vers un naturalisme victorien plus ample et moins intense, produisant des portraits d'aristocrates et de personnalités, des sujets sentimentaux comme Les Bulles (1886) — récupéré comme image publicitaire par Pears Soap — et de grandes scènes historiques. Il est élu Président de la Royal Academy en 1896, quelques mois avant sa mort.