Tōshūsai Sharaku est l'un des artistes les plus mystérieux et les plus fascinants de l'histoire de l'art universel. Actif pendant à peine dix mois entre la cinquième et la deuxième lune de 1794-1795, il surgit de nulle part sous la houlette de l'éditeur Tsutaya Jūzaburō — le même qui avait lancé Utamaro — et produit en un éclair quelque 140 estampes de portraits d'acteurs de kabuki d'une expressivité et d'une audace psychologique absolument sans précédent. Là où les autres maîtres de l'ukiyo-e idéalisaient leurs modèles, Sharaku caricature : ses acteurs aux yeux révulsés, aux bouches tordues, aux muscles faciaux exagérés jusqu'à la grimace, soulignés par des fonds sombres de mica où les silhouettes se découpent avec une brutalité graphique saisissante, rompent avec toutes les conventions flatteuses du genre.
Cette sincérité impitoyable dérange le public d'Edo, habitué à l'idéalisation. Sharaku est désavoué et disparaît aussi mystérieusement qu'il est apparu — après seulement dix mois d'activité, plus aucune trace. Son identité reste l'un des grands mystères de l'art japonais : danseur de nō de la troupe du seigneur d'Awa, marchand de thé, artiste itinérant ? Les hypothèses abondent sans certitude.
Son œuvre, redécouverte et réévaluée à partir du XXe siècle, est aujourd'hui considérée comme un sommet absolu de l'estampe japonaise.