Marcus Rothkowitz, dit Mark Rothko, naît en 1903 à Daugavpils en Lettonie dans une famille juive qui émigre aux États-Unis en 1913, s'installant à Portland, Oregon. Après des études à l'Université Yale — interrompues par manque de moyens —, il s'installe à New York et se forme en autodidacte, passant par une longue période figurative et expressionniste, puis par une phase surréaliste influencée par les mythes grecs et la psychanalyse jungienne. À partir de la fin des années 1940, il opère un tournant radical : il abandonne la figure pour concentrer toute sa recherche sur la couleur comme vecteur d'émotion pure.
Son style caractéristique — de grands rectangles de couleur aux bords délibérément flous, flottant sur un fond monochrome légèrement différent — émerge vers 1949-1950. Ces formes lumineuses et respirantes, que Rothko refuse d'appeler « abstraites » parce qu'il les conçoit comme des présences vivantes, sont conçues pour provoquer dans la contemplation une expérience émotionnelle directe et presque physique : la tragédie, l'extase, la fatalité, selon ses propres mots. Il insiste pour que ses toiles soient présentées à hauteur des yeux, dans des espaces peu éclairés, afin d'envelopper le spectateur.
La Chapelle Rothko de Houston (1971), quatorze panneaux sombres dans un octogone monastique, est son testament spirituel. Profondément dépressif, il se suicide dans son atelier new-yorkais en février 1970.