Kim Jeong-hui, connu sous son nom de pinceau Chusa (« pur comme le cactus »), naît en 1786 dans la province de Chungcheong, en Corée, dans une famille de la haute noblesse yangban. Haut fonctionnaire, calligraphe, épigraphiste et peintre, il incarne l'idéal confucéen de l'artiste-savant accompli sur tous les plans de la culture. Envoyé en Chine en 1809 dans la suite de son père en mission diplomatique, il y rencontre les grands lettrés de l'école kaozheng — philologie fondée sur la recherche de preuves textuelles et épigraphiques — et en rapporte en Corée une érudition nouvelle qui va bouleverser les milieux intellectuels de la cour.
Il développe un style calligraphique radicalement personnel, le Chusache, qui brise les canons établis en mêlant des formes archaïques empruntées aux stèles chinoises les plus anciennes avec une expressivité et une liberté de trait qui lui sont propres : les caractères semblent à la fois fragmentés et énergiques, comme taillés dans la pierre plutôt que tracés à l'encre. Victime des luttes politiques de la cour, il est exilé sur l'île austère de Jeju pendant neuf ans (1840-1848). C'est dans cet isolement extrême qu'il peint le Sehando (1844), petit rouleau d'encre représentant quelques pins résistants au froid et une maison solitaire, offert en remerciement à son disciple qui lui envoie des livres.
Ce chef-d'œuvre d'une sobriété absolue est devenu le manifeste de la peinture lettrée coréenne, témoignage de la fidélité intellectuelle en temps d'adversité. Son œuvre calligraphique et picturale influence profondément la modernité artistique coréenne.