Henri-Julien-Félix Rousseau naît en 1844 à Laval en Mayenne. Après un bref passage au service militaire pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 — où il sert comme douanier et non dans la jungle, contrairement à ce que ses tableaux laissent imaginer — il est employé comme préposé à l'octroi de Paris, fonction modeste qui lui vaut le surnom de « Douanier Rousseau ». Il peint le dimanche à partir des années 1870 sans aucune formation académique.
Ses compositions, étrangement planes et immobiles, traduisent une vision du monde non filtrée par les conventions de la peinture savante : les proportions sont fausses selon l'académisme, la perspective intuitive et non mathématique, mais il en résulte une présence frontale et étrange qui confère à ses tableaux une intensité hypnotique. Ses jungles luxuriantes — peuplées de lions mangeurs d'hommes, de singes, de fleurs géantes et de figures humaines figées dans une immobilité hiératique — sont puisées dans les serres du Jardin des plantes, les illustrations des magazines populaires et son imagination débordante, jamais dans une expérience directe des tropiques. La Bohémienne endormie (1897), Le Rêve (1910) et La Noce sont ses œuvres maîtresses.
Présenté à Picasso par Guillaume Apollinaire, il est fêté dans une mémorable soirée au Bateau-Lavoir (1908) où l'avant-garde parisienne le célèbre comme visionnaire affranchi des codes. Il meurt en 1910, ignorant qu'il allait devenir le père tutélaire de l'art naïf et une influence majeure sur le surréalisme.