Georgia O'Keeffe est unanimement considérée comme la « mère du modernisme américain », l'artiste qui a forgé un langage pictural à la fois américain et universel, ancré dans le territoire et transcendant la géographie. Née en 1887 dans le Wisconsin, elle étudie à l'Art Institute of Chicago puis à l'Art Students League de New York, avant d'être transformée par les cours de Arthur Wesley Dow, qui lui enseigne à composer par masses et couleurs plutôt que par imitation du réel. Ses fusains abstraits de 1915, envoyés à son amie Anita Pollitzer, sont montrés sans sa permission au photographe Alfred Stieglitz, qui les expose immédiatement dans sa galerie 291.
Cette rencontre devient une des grandes histoires d'amour et de collaboration artistique de l'art moderne : Stieglitz photographie O'Keeffe en plus de trois cents portraits, elle peint et il expose. Ses fleurs géantes en gros plan — coquelicots, daturas, iris, callas — transforment le botanique en abstraction sensuelle et monumentale, réduisant la fleur à ses formes intérieures, à ses courbes et à ses lumières, dans une fusion de l'intime et du cosmique. Les critiques y lisent une sexualité symbolique qu'elle a toujours refusé : ces fleurs sont d'abord un exercice de perception et d'agrandissement.
Installée au Nouveau-Mexique à partir de 1929, attirée par l'espace, la lumière et la culture pueblo, elle y forge une iconographie du désert américain — os blanchis de bovins, crânes de cerfs, roches rouges, ciels infinis — qui définit l'identité visuelle du Sud-Ouest. Installée à Abiquiú en 1949 après la mort de Stieglitz, elle peint jusqu'à 97 ans, laissant une œuvre d'une cohérence et d'une puissance formelle rares.