Fernando Botero est le plus célèbre artiste colombien et l'un des rares peintres latino-américains à avoir conquis une renommée réellement planétaire. Né à Medellín en 1932 dans une famille modeste, il se forme en autodidacte et expose ses premières aquarelles avant de voyager en Europe pour étudier au Musée du Prado à Madrid, à l'Académie de San Fernando et en Italie, où la Renaissance lui révèle les maîtres du volume et de la masse. De retour en Amérique, il développe son style personnel, qu'il appelle lui-même « la sensualité de la forme » : ses personnages, ses chevaux, ses chats, ses natures mortes sont systématiquement gonflés, dilatés en volumes ronds et opulents qui semblent contenir plus d'espace et de matière que ne le permettrait la réalité.
Ce « botérisme » — terme popularisé par la critique internationale — hérite autant de la rondeur des idoles pré-colombiennes que de la solidité architecturale de Piero della Francesca et de la monumentalité de Velázquez. Loin d'être simple naïveté ou pastiche burlesque, cette déformation est une philosophie plastique cohérente qui impose la primauté du volume sur la ligne, de la sensualité sur la narrativité. Ses peintures à l'huile — scènes de la vie colombienne, corridas, personnages politiques et militaires grotesquement embonpointés — dégagent une ironie sociale mordante.
Ses sculptures de bronze monumental, instalées sur les places de Medellín, Paris, New York, Florence et Singapour, en font l'un des sculpteurs les plus exposés dans l'espace public mondial. Mécène généreux, il offre plus de deux cents œuvres aux musées colombiens.