Artemisia Gentileschi

Artemisia Gentileschi

1593 — 1656 · Rome, Italie

Artemisia Gentileschi naît à Rome en 1593, fille du peintre caravagesque Orazio Gentileschi, dans l'atelier duquel elle reçoit une formation exceptionnelle qui lui permet de maîtriser très tôt la technique du clair-obscur héritée du Caravage. En 1611, elle est violée par le peintre Agostino Tassi, collaborateur de son père. Le procès retentissant qui s'ensuit, au cours duquel Artemisia est torturée aux pouces pour vérifier la vérité de son témoignage — pratique courante pour « éprouver » la parole d'une femme — laisse une marque indélébile sur sa vie et son œuvre.

Installée à Florence après son mariage, elle devient en 1616 la première femme admise à l'Accademia delle Arti del Disegno, cercle fermé des artistes florentins. Dans cette ville, elle fréquente Galilée et Buonarroti le Jeune, construisant un réseau intellectuel d'une exceptionnelle qualité. Sa peinture, d'une puissance théâtrale héritée du caravagisme, est peuplée d'héroïnes bibliques qui prennent leur sort en main avec une violence et une détermination que l'iconographie masculine avait soigneusement évitées : ses Judith décapitant Holopherne — en deux versions différentes, dont celle de Naples (1612-1613) est la plus brutale et la plus saisissante de toute l'histoire de la peinture — ses Suzanne au bain, ses Lucrèce et ses autoportraits en sainte Catherine ou en allégorie de la peinture construisent un univers de femmes actives, résistantes, héroïques.

Après des séjours à Gênes, Venise et Rome, elle s'installe à Naples puis rejoint son père à Londres à la cour de Charles Ier vers 1638-1640. Morte entre 1652 et 1656, elle est redécouverte et réévaluée depuis les années 1970 comme une pionnière absolue.