Goryeo
La dynastie Goryeo (918-1392), dont le nom latinisé donnera « Corée », représente l'apogée de la culture bouddhique coréenne et l'un des sommets absolus de l'art asiatique. Fondée par Wang Geon après l'effondrement de Silla, elle adopte le bouddhisme comme religion d'État et en fait le moteur d'une production artistique d'une qualité et d'une originalité exceptionnelles. La réalisation la plus célèbre et la plus admirée de cette période est le céladon à incrustation, dit sanggam : un procédé unique au monde où des motifs — grues voletant entre des nuages, chrysanthèmes, motifs de rouleaux — sont découpés dans l'argile encore fraîche et comblés avec de l'argile blanche ou noire avant l'application de la glaçure céladon vert jade.
La cuisson révèle une surface d'une délicatesse inouïe, que les marchands arabes du XIIe siècle qualifiaient de « première sous le ciel ». Parallèlement, la peinture bouddhique sur soie atteint un raffinement extrême : les thangkas coréens aux personnages d'or sur fond sombre témoignent d'une maîtrise technique et spirituelle sans équivalent en Asie orientale. L'orfèvrerie des reliquaires — boîtes en bronze doré ciselé, sceptres, encensoirs — exhibe une précision joaillière au service de la dévotion.
Le Tripitaka Koreana, canon bouddhique gravé sur plus de 80 000 planches de bois de cerisier entre 1236 et 1251 pour conjurer l'invasion mongole, constitue l'ensemble de blocs xylographiques bouddhiques le mieux conservé au monde et demeure un exploit intellectuel et artisanal stupéfiant ; conservé au temple de Haeinsa, il est classé à l'Unesco. La période Goryeo subit les invasions mongoles au XIIIe siècle, mais résiste culturellement et influence profondément la céramique japonaise, restant une référence mondiale dans l'histoire des arts du feu et de la dévotion bouddhique en Asie, dont l'excellence technique continue d'inspirer les céramistes contemporains du monde entier.