Tarsila do Amaral est la figure fondatrice du modernisme brésilien et l'artiste qui a le plus profondément façonné l'identité visuelle de son pays au XXe siècle. Née en 1886 dans une famille de grands propriétaires terriens de l'État de São Paulo, elle reçoit une éducation bourgeoise et une formation artistique conventionnelle avant de s'installer à Paris en 1920, attirée par les révolutions de l'avant-garde. Là, elle étudie avec André Lhote, Fernand Léger et Albert Gleizes, qui lui enseignent les structures du cubisme, tout en fréquentant Blaise Cendrars, qui l'encourage à regarder le Brésil comme matière première de son art.
Revenue au Brésil en 1923, puis retournant à Paris avec son compagnon l'écrivain Oswald de Andrade, elle développe une peinture qui fusionne la structure cubiste avec les couleurs tropicales du Brésil — roses, verts, jaunes intenses —, les formes simplifiées des paysages industriels et ruraux brésiliens, et les images de la mémoire d'enfance. Sa série des années 1920 s'organise en deux périodes : la phase « Pau-Brasil » (Bois-Brésil), colorée et lyrique, et la phase « Anthropophage », plus symbolique et mythique. Son tableau Abaporu (1928) — figure aux membres démesurément grands assise sous un cactus, peinte comme cadeau d'anniversaire pour Oswald —, dont le titre signifie « l'homme qui mange de la chair humaine » en tupi-guarani, inspire directement le Manifeste Anthropophage d'Oswald de Andrade, déclaration d'indépendance culturelle brésilienne qui prône la « dévoration » créative des influences étrangères.
Ses toiles, aux couleurs saturées et aux formes synthétiques, sont devenues les icônes de l'identité artistique du Brésil.