Marc Chagall est un peintre franco-russe dont l'univers onirique — amoureux volants, violonistes sur les toits, bouquets flamboyants, animaux fantastiques, villages du shtetl biélorusse — transcende toutes les catégories stylistiques pour constituer un monde poétique entièrement personnel. Né à Liozna en Biélorussie en 1887 dans une famille juive hassidique pauvre, il étudie à Saint-Pétersbourg avant de s'installer à Paris en 1910, dans la Ruche, la cité d'artistes de Montparnasse où il côtoie Apollinaire, Cendrars, Léger et Modigliani. Paris l'expose au cubisme et au fauvisme, qu'il absorbe sans jamais s'y soumettre entièrement : ses cubos ne sont jamais analytiques, mais chargés de symboles et de couleurs irrationnelles qui défient toute logique formelle.
De retour en Russie pendant la Révolution, il dirige brièvement l'École d'art de Vitebsk avant d'être marginalisé par Malevitch et le constructivisme. Il s'installe définitivement en France — sauf pendant les années de guerre passées aux États-Unis en exil, fuyant la persécution nazie — et développe une peinture de plus en plus lyrique, lumineuse et saturée, nourrie simultanément du folklore juif hassidique, de la Bible, du cirque, de la nature et de l'amour pour sa femme Bella. Son univers poétique, déclaré « surréaliste » par Breton sans que Chagall l'accepte, relève plutôt d'un réalisme magique qui lui est propre.
Ses réalisations monumentales — les vitraux de la cathédrale de Metz, de la synagogue Hadassah à Jérusalem, du siège de l'ONU et de nombreuses cathédrales françaises, le plafond de l'Opéra Garnier (1964) — font de lui le plus grand maître du vitrail du XXe siècle.