Fernand Léger naît en 1881 à Argentan, en Normandie, dans une famille d'éleveurs de chevaux. Après une formation d'architecte à Caen et à Paris et des débuts comme dessinateur architectural, il entre aux Beaux-Arts de Paris et découvre rapidement Cézanne, dont il tire des conséquences différentes de celles de Picasso et Braque. Dès 1909-1910, il développe un cubisme personnel qu'on appellera « tubisme » — les formes naturelles sont décomposées en tubes, cylindres et cônes aux surfaces métalliques, rendant hommage à la beauté de la mécanique industrielle.
Ses premières grandes Formes dans l'espace et les Contrastes de formes posent les bases d'un langage pictural clair, lisible et populaire, aux couleurs primaires sans nuances. La Première Guerre mondiale, où il sert dans le génie et l'artillerie comme simple soldat, est une révélation sensorielle : la beauté d'un canon au soleil, la fraternité des hommes du peuple, la camaraderie des « mécanos » — tout cela transforme durablement sa vision. Il en revient convaincu que l'art doit être accessible à tous, que la beauté est partout dans la vie quotidienne industrielle moderne.
Entre les deux guerres, il développe une peinture monumentale et lisible dédiée aux constructeurs, aux ouvriers, aux acrobates et aux cyclistes, aux loisirs du peuple — La Partie de cartes (1917), La Ville (1919), Les Grands Plongeurs noirs (1944). Ses séjours aux États-Unis pendant la guerre (1940-1945) le confrontent à l'Amérique industrielle. Membre du Parti communiste depuis 1945, il signe avec Les Constructeurs (1950) le manifeste de son art pour le peuple.
Ses mosaïques et vitraux — cathédrale d'Audincourt, façade de l'église d'Assy — prolongent dans l'espace public cette ambition de beauté collective. Il meurt à Gif-sur-Yvette en 1955.