Amedeo Modigliani est l'un des artistes les plus immédiatement reconnaissables du XXe siècle, dont la vie brève et la légende tragique n'ont d'égale que la cohérence formelle de son œuvre. Né à Livourne en 1884 dans une famille juive cultivée, il reçoit une formation artistique en Italie — Florence, Venise — qui l'imprègne de la grâce linéaire de la Renaissance italienne, en particulier de Botticelli. Arrivé à Paris en 1906, il s'installe à Montparnasse et s'immerge dans la vie de la bohème artistique internationale, côtoyant Picasso, Brancusi, Soutine et Utrillo.
Pendant plusieurs années, il se consacre presque exclusivement à la sculpture sur pierre, produisant des têtes allongées directement influencées par les statues cyclades et l'art africain, dont l'effet persistera dans toute sa peinture ultérieure. Contraint d'abandonner la sculpture par la tuberculose qui mine sa santé et l'impossibilité d'acheter de la pierre, il se recentre sur la peinture et développe un style d'une cohérence absolue : visages ovales allongés aux traits simplifiés, cous de cygne, yeux en amande fréquemment sans pupille — absence qui donne à ses figures un regard intérieur, absent au monde —, contours fluides d'une élégance linéaire qui fusionne Cézanne, le primitivisme et le maniérisme italien. Sa courte série de nus couchés (1917-1918), exposée chez Berthe Weill, est retirée de la vitrine par la police pour indécence.
Mort à trente-cinq ans des suites de sa tuberculose, laissant sa compagne Jeanne Hébuterne, enceinte, se jeter par la fenêtre le lendemain, il laisse une œuvre d'une beauté mélancolique inimitée.